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Blog de la CGTeam Tokheim
20 mai 2020

Note économique | L’entreprise a-t-elle les reins solides face à la crise ?

note-economique

Cette question vient de manière récurrente de la part des salariés, inquiets pour la perennité de leurs emplois. La question de la situation économique de l'entreprise est posée lors de chaque réunion du CSE central depuis le début de la crise sanitaire (réunions extraordinaires hebdomadaires du 18 mars au 6 mai 2020). A chaque fois, nous avons un exposé de la part du directeur général, comme vous pouvez lire sur nos comptes-rendus et les procès-verbaux du secrétaire. Mais ce sont des affirmations, des impressions, des ressentis. Les quelques chiffres donnés en réunion sont sous le sceau du secret, certaines informations ne sont données qu'au secrétaire, les autres représentants du personnel étant privés de leurs droit à l'information, de votre droit à l'information.

L'objectif de cette note est d'expliquer à quelles informations vous avez droit au travers de vos représentants du personnel et quels indicateurs comptables et financiers méritent d'être étudiés par des cabinets d’experts dans des situations de crise de court terme (fermeture, ralentissement d’activité) afin d’apporter un regard sur les capacités de l’entreprise à faire face au choc de la crise sanitaire. Seul un bon cabinet d’experts mandaté par vos représentants du personnel est en ef­fet capable de mesurer la santé économique de l'en­treprise, car chaque indicateur doit être interprété selon les situations propres à chaque entreprise.

En revanche, vos représentants du personnel doivent être capables de réclamer ces indicateurs à la direction afin de prendre connaissance du « tableau de bord » du suivi de la crise et avoir une idée de l’impact de la crise sur ces différents indicateurs. De manière générale, un indicateur qui varie grandement d’une période à l’autre décrit un symptôme de choc. Mais obtenir ces informations n'est pas gagné, car même en temps « normal », l'entreprise ne satisfait pas à ses obligations légales. Pour mémoire, lors de la première réunion du CSE central après les élections, en février dernier, nous avions fait une déclaration pour dénoncer plusieurs incohérences et irrégularités : chiffres incohérents d'un document à l'autre, défaut de d'information-consultation des instances représentatives du personnel, politique HSSE et formation insuffisantes... Vous pouvez télécharger notre déclaration du 13 février 2020.

Passons maintenant aux indicateurs. Après, vous pourrez aller demander à vos représentants du personnel quelle est la situation économique et financière objective de l'entreprise, comment elle traverse la crise... Vous pouvez, par exemple, leur demander aussi l'avis des instances représentatives du personnel sur les orientations stratégiques, la politique sociale,... sur 2018-2019, puis comparer avec 2019-2020. Et aussi, où a été investi le résultat net qui représentait plusieurs millions d'euros de bénéfice... Par exemple. Et oui, les prérogatives de vos représentants du personnel ne s'arrêtent pas à la distribution de chèques-cadeaux et autres... 

La trésorerie (disponibilités)

Il s’agit du « compte courant » de l’entreprise, ca­pable ainsi d’effectuer toutes les dépenses courantes (salaires, fournisseurs, factures diverses...). Une trésorerie plus forte que les dépenses – recettes prévisionnelles est gage de bonne santé. Mais une trésorerie qui s’ame­nuise est comme un compte courant qui diminue : sans rentrée d’argent certaine à l’avenir, garder de la trésore­rie est aussi un moyen d’éviter les complications à venir. Une question d’équilibre et de prévision !

Le besoin en fonds de roulement (BFR)

Le fonds de roulement, c’est la quantité de monnaie nécessaire à l’entreprise pour réaliser ses opérations de court terme.

BFR = actif circulant (stocks + créances clients) – pas­sif circulant (dettes fournisseurs + dettes fiscales + dettes sociales + autres dettes non financières).

On distingue dans le besoin en fonds de roulement le besoin en fonds de roulement d’exploitation, qui re­prend les mêmes éléments que précédemment mais en ne tenant compte que des activités liées à l’exploi­tation, et le besoin en fonds de roulement hors exploitation, qui concerne les activités financières.

Ce sont donc les différents indicateurs à l’intérieur de ce BFR que l’on peut analyser à travers différents ratios. L’interprétation du BFR est un exercice très difficile, il faut impérativement s’en remettre à un bon expert pour identifier sa signification.

Les délais de paiements et stocks

Il s’agit de comparer d’un côté ce que l’entreprise doit à ses fournisseurs et ce que l’entreprise recevra de ses clients, et sa capacité à recouvrer ses stocks. Il existe un bon nombre d’indicateurs pour juger de la bonne santé de l’entreprise par rapport à ces trois délais :

Côté client : Ratio de rotation du crédit clients = (Créances clients x 360) / Ventes :

Ce chiffre exprime le nombre de « jours de ventes » que les créances des clients font « perdre ». Exemple : si un client doit 1 000 € à l’entreprise, qui vend sur l’année 100 000 €, le ratio est de 3,6 jours. Les clients mettent environ 3,6 jours pour payer ses créances, ou vu autrement, si le client ne paye pas ses créances, cela fait perdre 3,6 jours de ventes. Plus ce ratio est élevé, plus l’entreprise est dépendante temporelle­ment du paiement de ses clients.

Côté fournisseur : Ratio de rotation du crédit four­nisseurs = (Dettes fournisseurs x 360) x Achats :

De manière symétrique, ce ratio exprime le nombre de jours d’achat qui passent avant le paiement de vos fournisseurs. Plus il est faible, plus l’entreprise paye vite (ce qui est une bonne chose pour les fournisseurs), au risque de puiser rapidement dans la trésorerie (si le ratio client est élevé par exemple). Plus il est fort, plus l’entreprise ralentit ses paiements, ce qui est peut être révélateur d’une difficulté de trésorerie.

Les stocks : Ratio de rotation des stocks = Chiffre d’affaires / Stock moyen (ou coût d’achat des mar­chandises/ stock moyen) il peut se décliner pour les stocks d’intrant ou les stocks de marchandises…

Il s’agit ici d’estimer pendant la période le nombre de fois où le stock a été renouvelé. Si au cours de la période, l’entreprise a réalisé 100 000 € de chiffre d’affaires, pour un stock moyen de 20 000 €, le ratio est de 5, ce qui veut dire que l’entreprise a renouvelé 5 fois ses stocks sur la période. Plus ce chiffre est éle­vé, plus l’entreprise a « bien géré » ses stocks. Plus il est bas, plus l’entreprise gère mal ses stocks (difficul­té d’écouler la production, ou sur-approvisionnement). On peut aussi l’exprimer en jours, avec la même in­terprétation (combien de jours d’approvisionnement il faut pour reconstituer le stock. Si ce nombre est élevé, cela veut dire que l’entreprise a beaucoup de stock par rapport à ses achats).

Les soldes intermédiaires

Ces soldes n’ont d’intérêt que pour les entreprises qui continuent leurs activités, car ils se basent tous sur le chiffre d’affaires, qui correspond à la somme des recettes issues des ventes. On calcule les différents soldes en retranchant et ajoutant successivement des opérations, d’abord de production, puis financières et enfin exceptionnelles afin de former le résultat net. Le problème, c’est qu’ils sont souvent calculés à la fin d’un exercice fiscal et financier (trimestre, année).

Sans entrer dans les détails du calcul (*), la valeur ajoutée correspond aux bénéfices de l’entreprises après paiement des fournisseurs, il reste donc à payer d’abord les salariés, ce qui donne l’excédent brut d’exploitation, puis de manière élargie le résultat d’exploitation. Ces trois soldes permettent d’avoir une idée de la santé « productive » d’une entreprise. Les autres ré­sultats concernent le résultat financier, avant impôt et le résultat exceptionnel, qui sont tout aussi importants pour connaître la santé de l'entreprise, formant ainsi le résultat net (le profit final de l’entreprise). On peut ensuite calculer la capacité d’autofinancement qui permet de connaître la capacité d’une entreprise à réinvestir.

Les ratios financiers

Il existe un bon nombre de ratio financiers dont une liste assez exhaustive se trouve sur le site Compta-Facile.

Dans la période exceptionnelle due au ralentisse­ment de l’activité, il est impossible d’analyser tous ces ratios et de les commenter, tant chaque entreprise peut faire face à des problèmes financiers très différents. Ces ratios sont d’ailleurs normalement plutôt caractéris­tiques des « régimes de croisière » des entreprises, et n’ont que peu d’interprétation pour les problèmes de court terme.

Malgré cela, on peut avoir une vue un peu plus complète sur l’état de santé de l’entreprise en prenant quelques ratios.

Un des ratios les plus pertinents est sans doute le ratio de liquidité générale = actif circulant / passif circulant.

Il s’agit de calculer ici la capacité qu’a une entreprise à rembourser sa dette de court terme par ses actifs de court terme (créances clients, stocks). Si ce ratio est su­périeur à 1, l’entreprise a assez de valeur de court terme pour payer ses emprunts de court-terme (en écoulant les stocks ou en exigeant le paiement de ses clients, voir ratios précédents). Sinon, cela veut dire que l’entreprise n’a pas les moyens à court terme pour rembourser ses dettes de court terme (elle emprunte par exemple sur trois se­maines pour financer une créance fournisseur, mais du fait du délai de paiement, elle est obligée de contracter un nouvel emprunt).

Et son sous-ratio de liquidité immédiate = disponibilités / dettes à court terme.

L’interprétation est la même, mais on s’intéresse ici qu’à la trésorerie et les emprunts bancaires de court-terme (pour faire simple, on compare le compte-courant avec la dette à rembourser à court terme). Plus ce ratio est élevé, plus l’entreprise est capable de rembourser ses emprunts avec sa trésorerie.

L’autre ratio intéressant est la capacité de remboursement = endettement net / capacité d’autofinancement. Il s’agit de savoir si l’entreprise a suffisamment de capa­cité d’autofinancement (produits encaissables-charges décaissables, qui représente à peu près l’argent que l’en­treprise est capable de mettre sur la table). Plus ce chiffre est élevé, plus l’endettement est fort par rapport aux capacités de l’entreprise à générer de la trésorerie. Ce ratio est en revanche difficile à calculer en période de fortes incertitudes comme aujourd’hui.

(*) Voir ici pour une explication détaillée : https://www.compta-facile.com/soldes-intermediaires-de-gestion-sig/

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